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Faire du sport collégial sans étudier, comment est-ce possible?

Par un spectaculaire effet papillon, une récente règle administrative du ministère de l’Enseignement supérieur, qui permet aux cégépiens d’abandonner un nombre illimité de cours tout en maintenant leur statut d’étudiant à temps complet, fragilise les valeurs fondamentales du sport étudiant au Québec.

Chronique de Martin Leclerc, Radio-Canada

Le sport étudiant, c’est un peu comme la maternité et la tarte aux pommes : personne ne peut être contre!

Sachant à quel point le décrochage scolaire est un fléau, tout le monde se rallie spontanément à l’idée que le sport puisse être utilisé comme levier pour motiver les étudiants plus à risque, et plus particulièrement les garçons. Et à l’autre bout du spectre, tous applaudissent les réussites, comme celle de Laurent Duvernay-Tardif, qui est parvenu à combiner ses études en médecine avec un parcours sportif qui l’a mené jusqu’à la NFL.

De façon générale, le sport étudiant permet à des milliers d’athlètes-étudiants de maximiser leur potentiel sportif tout en bénéficiant d’un accompagnement holistique qui favorise la réussite de leurs études. Ce pacte est assez simple : si tu veux faire du sport à l’école, tu dois étudier sérieusement. Cela dit, l’institution est consciente que c’est extrêmement difficile de combiner des études supérieures et un sport de haut niveau. Mais si tu fournis cet effort, nous allons tout faire pour t’aider à réussir.

Jusqu’à la présente session d’automne, les critères de réussite scolaire du RSEQ au cégep étaient, en résumé, les suivants :

  • il fallait être un étudiant à temps complet pour disputer des matchs;
  • un étudiant inscrit aux sessions d’automne et d’hiver devait réussir un minimum de huit cours durant l’année;
  • l’étudiant inscrit à une seule session devait quant à lui réussir un minimum de quatre cours.

En clair, un athlète-étudiant respectant ces exigences minimales peut obtenir son diplôme d’études collégiales en trois ans et demi ou en quatre ans. Les étudiants qui ont une grille de cours complète peuvent quant à eux franchir cette étape en deux ans.

Ces règles existent toujours, mais elles ne tiennent plus vraiment la route depuis cet automne. Pourquoi? Parce que les cégeps membres du RSEQ ont décidé de soumettre leurs étudiants-athlètes à une règle que le ministère de l’Enseignement supérieur a instaurée de façon générale en 2024. Or, cette règle permet aux étudiants d’attendre que jusqu’à 60 % de leur session soit écoulée pour abandonner leurs cours sans qu’une mention d’échec leur soit attribuée, et sans que leur statut d’étudiant à temps plein ou leur aide financière soit menacé.

Si un étudiant abandonne une multitude de cours, il suffit désormais de réussir 50 % des cours qui n’ont pas été abandonnés. Prenons l’exemple d’un étudiant qui abandonne quatre cours sur six à l’automne, mais qui réussit les deux cours restants. Quand arrive la session d’hiver, il décide d’abandonner tous ses cours. Or, la session d’hiver n’est pas prise en compte par le cégep. On se rabat sur sa session d’automne, qui est considérée comme un succès.

Concrètement, cette règle fait en sorte qu’un étudiant-athlète pourrait disputer toute sa saison de football et abandonner tous ses cours par la suite. Ou encore, un étudiant pourrait abandonner tous ses cours vers la mi-septembre, travailler chez RONA 35 heures par semaine et continuer de pratiquer son sport au cégep, indique Patrice Marcoux, avec désolation.


Éducateur physique au Cégep de Drummondville, Patrice Marcoux est un ancien joueur de football universitaire. Il y a plusieurs années, quand il s’est impliqué à titre d’entraîneur pour l’équipe de football de cette institution, il dit avoir pleinement réalisé l’ampleur du défi que constitue la combinaison des études et de la pratique du sport pour certains étudiants.

Il y a beaucoup de jeunes qui arrivent avec des dossiers scolaires qui ne sont pas nécessairement reluisants. Il y en a aussi qui, souvent, débarquent en territoire inconnu parce qu’ils sont les premiers membres de leur famille à accéder aux études supérieures, explique-t-il.

Pour aider ces jeunes à répondre aux exigences du RSEQ, Patrice Marcoux a mis sur pied un programme d’aide il y a une dizaine d’années. À l’origine, ce programme consistait en une période d’étude hebdomadaire et ne s’adressait qu’aux joueurs de football.

J’ai cogné à toutes les portes pour obtenir de l’aide, comme la présence d’une tutrice ou d’un conseiller en orientation lors de ces périodes d’étude. Et nous avons rapidement obtenu des résultats intéressants. Au départ, les participants réussissaient environ 57 % de leurs cours et nous avons fait grimper ça à plus de 80 %.

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