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Tout humain ou pas tout humain, là est la question
Faut-il envisager des catégories pour l’IA? Une obligation de déclaration? Un collant sur la page couverture?

L’autrice est enseignante de philosophie et écrivaine.
L’une des questions qu’on pourrait se poser, c’est « pourquoi ? ». Pourquoi une personne en vient-elle à utiliser une intelligence artificielle (IA) générative pour dire à sa place, superposer sa voix à la sienne ? Il y a des autrices et des auteurs qui ont embrassé les IA génératives dès le début, et de façon très ouverte. Ils les ont intégrées dans leur démarche, ont exploré leurs possibilités. Je pense notamment à Karoline Georges, l’autrice du très beau De synthèse (paru avant l’IA).
Mais il y a quelque chose de différent quand ce n’est pas nommé, avoué, transparent : on fait passer pour sien ce qui ne l’est pas entièrement ou pas du tout. Je reviens donc à mon « pourquoi ? ». Qu’est-ce qui fait qu’une personne ressente le besoin de tricher (appelons un chat un chat) de la sorte ? Qu’elle puisse croire que son écriture, ses mots, ne suffisent pas ? Qu’elle, comme personne, ne suffit pas au point qu’elle préfère s’en remettre à un artifice ?
Mon expérience de professeure de philosophie au collégial est ici tristement pertinente. L’arrivée des IA génératives (les ChatGPT et Claude de ce monde) dans nos classes, dès l’hiver 2023, a été troublante, voire un choc. Pas pour toutes et tous, mais pour plusieurs, oui. Des collègues les ont embrassées, ont cherché à trouver des manières de les intégrer, d’en faire un usage « éthique ». Je n’en fais pas partie. Et il m’est apparu très rapidement que je ne pourrais pas continuer à faire des évaluations à la maison si je voulais préserver le lien de confiance avec mes élèves et ne pas douter d’eux en permanence. La rapidité avec laquelle la population étudiante a adopté l’IA pour lire, résumer, écrire et penser à sa place est assez déroutante : ce n’est pas tout le monde, mais beaucoup de monde.
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Il y a toutes sortes de raisons : ça va plus vite, la tâche demandée ne semble pas pertinente, il y a ceux et celles qui s’en fichent, aussi. Mais je doute que ce soit la majorité qui se justifie ainsi. Plusieurs figent devant ce qui doit être fait, ont peur de se tromper, d’être jugés, de ne pas répondre au mieux et ils ne sont qu’à un clic de ce qui leur permet de calmer ces angoisses. Clic qui fournit des réponses, des inspirations, des textes sur mesure. Clic qui fournit un matériel souvent correctement organisé, mais sans vie, lisse, sans la rugosité et le relief de la pensée humaine en travail. Et surtout, un matériel uniforme, ce qui était rare, avant : les élèves ne répondaient pas tous la même chose dans le même ordre avec les mêmes marqueurs de relation.
C’est un clic qui rassure, je crois. Et comme l’élève a l’impression d’avoir contribué tout de même un peu à la tâche, ça lui est facile de rationaliser tout cela en croyant que l’IA est un outil comme un autre et que, finalement, il serait aussi parvenu à faire ce qui était demandé sans lui.
Je dis tout cela pour souligner le fait que le contexte actuel, autant en enseignement qu’ailleurs, prédispose les gens à ce clic. Changer le contexte d’évaluation m’a permis de maintenir le lien de confiance avec mes élèves et de retrouver le sens de mon rôle et de ma tâche : tout se fait en classe. Les élèves doivent se battre avec les textes, leurs mots et raisonnements, et je suis là pour les aider, les outiller, leur apprendre qu’ils peuvent par eux-mêmes répondre à ce qui leur est demandé. Ce ne sera peut-être pas aussi structuré que « le clic », mais ça viendra d’eux.
En éducation, peut-être qu’une des leçons de l’arrivée des IA, c’est la place qu’on doit accorder à l’erreur, au en-chemin, au « je ne sais pas » et à la valeur que ça représente dans l’apprentissage et à comment on les accueille et en crée des occasions pour les personnes apprenantes.



