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Imaginer la pédagogie collégiale du futur

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Au cours de 2026, l’Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC) mène un chantier d’exploration sur l’avenir de la pédagogie collégiale. Le 15 septembre, la Grande conférence L’enseignement collégial en 2040 : scénarios pour agir ensemble a présenté la prospective. Une démarche ancrée dans l’incertitude et qui encourage la créativité. Une méthode qui motive à construire collectivement un futur qui n’existe pas encore. Un futur qui reposera pourtant sur des décisions actuelles.

"La prospective est une méthode rigoureuse qui permet d’identifier les tendances porteuses, d’explorer différents futurs possibles et de renforcer le pouvoir d’agir."

Près de 150 personnes ont assisté à cette conférence en ligne de Catherine Mathys, de la Société des demains. Madame Mathys propose une approche sociologique des transformations technologiques depuis plus de 20 ans.

Catherine Mathys, Société des demains

La conférencière a amorcé sa présentation en se référant au sociologue Fred Polak. « Ce sont les images du futur qui tirent le présent vers l’avant. Pour lui, c’est le lien qu’une société entretient avec son “soi futur” qui la fait avancer. » Ainsi, réfléchir au futur de l’enseignement, ce n’est pas seulement prévoir, mais surtout construire activement un avenir désirable.

Explorer les « futuribles

Madame Mathys a expliqué qu’en prospective, le futur ne relève pas de l’inattendu. « Au contraire, c’est quelque chose qui n’existe pas et qui a besoin, étape par étape, d’être maîtrisé. En réfléchissant aux futurs possibles, nous pouvons prendre de meilleures décisions dès maintenant, puisqu’elles seront alignées avec certains des futurs souhaitables que nous avons envie de voir venir et pour lesquels nous orientons nos décisions. »

Le monde actuel est volatile, incertain, déstabilisant, complexe. Seulement dans les cinq dernières années, tout l’écosystème éducatif au Québec et dans le monde a été bouleversé. Pensons à la pandémie, à la crise climatique ou aux tensions géopolitiques.

Dans ce contexte anxiogène, les façons d’enseigner, les attentes des étudiants et les responsabilités des établissements ont changé.

Le futur est pluriel

« Il existe autant de futurs que nous pouvons en imaginer. » soulignait la conférencière. « Avoir l’impression d’un futur qui fait consensus, c’est adhérer à un futur basé sur ce qui s’est passé, sur la tendance actuelle et sur ce qui pourrait arriver si rien ne bouge. Planifier selon ce futur probable, et c’est souvent sur cette vision que nous construisons, nous forcera éventuellement à revenir à la planche à dessin. »

Il y a plusieurs types de futurs. Il y a des futurs plausibles, envisageables moyennant certains changements.

Il y a des futurs possibles avec tout ce qui est imaginable sans être impossible. Et l’impossible d’aujourd’hui le sera-t-il encore en 2040 ?

Enfin, il y a un autre type de futur et non le moindre, le futur préférable.

Source : The Futures Cone, Voros (2003)

« Dans cette illustration, le futur souhaitable ou préférable, ne touche pas forcément au futur probable. Cela signifie qu’il repose souvent sur d’autres possibilités que nous n’avons ni le temps ni les ressources d’imaginer. Alors, nous nous demandons uniquement ce que nous pensons qui va arriver. Mais qu’avons-nous envie de voir venir ? Dans quel monde voulons-nous vivre ? Quel horizon souhaitons-nous pour la pédagogie collégiale ? Ce sont ces questions qui stimulent l’imagination collective et permettent d’aller beaucoup plus loin. » a affirmé madame Mathys.

La prospective comme levier de mobilisation

À travers l’expérience collective, le chantier que mène l’AQPC vise à construire en prospective. En ce sens, madame Mathys a rappelé le concept de la pensée cathédrale. « Nous ne construisons pas pour nous. Nous le faisons pour des générations qui, dans certains cas, ne sont pas encore nées. Pour qu’elles puissent bénéficier des conversations d’aujourd’hui en fonction de leurs intérêts et de leurs besoins futurs. »

À cet égard, il n’y a pas de certitudes ou de prédictions qui tiennent. Les futurs possibles sont des espaces libres et ouverts à ce qui paraît impossible. Et la prospective ne se pratique bien que si elle est pratiquée par des gens ayant des profils variés. Des personnes qui amènent des perspectives différentes.

Observer les tendances, rechercher les signaux faibles

Une tendance est un courant documenté, mesurable et chiffré précisait madame Mathys. « La surpopulation étudiante au collégial est une tendance connue. Cette tendance représente un mouvement dans une direction et est mesurable. » Les tendances fortes sont faciles à identifier lors de discussions avec des collègues ou des amis. C’est ainsi que se partage la lecture de mouvements sociétaux.

Mais il y a les signaux faibles qui ouvrent sur des façons de faire différentes, marginales selon madame Mathys « En prospective, les signaux faibles sont particulièrement recherchés. Pourquoi ? Parce qu’ils représentent des parcelles de possibilités pour envisager des futurs très alternatifs au futur officiel perçu. Cela permet d’avoir une base sur laquelle construire des scénarios. »

Lors du colloque 2026 de l’AQPC, près d’une centaine de participants aux ateliers ont élaboré des scénarios à partir de tendances et de signaux. Les échanges portaient sur les futurs de la diplomation, de la formation et de l’évaluation.

Ces ateliers ont mené à six grands constats :

  1. La cote R cristallise le rejet du système actuel ;
  2. L’intelligence artificielle (IA) suscite une ambivalence marquée ;
  3. La personnalisation revient souvent ;
  4. Le rôle enseignant se déplace ;
  5. La valeur du diplôme est remise en question ;
  6. Un besoin de sens collectif traverse tout.

Entre l’héritage du passé, l’influence du moment actuel et les aspirations futures, madame Mathys a présenté un scénario souhaitable qui vient harnacher ces constats.

« C’est le 15 septembre 2040. Les médias existent encore. À la UNE : Deux ans sans Cote R, la première génération jamais classée obtient son diplôme. Léa n’a jamais connu la cote. À sa place, un portfolio vivant de projets menés dans sa communauté. Une progression mesurée à ce qu’elle sait faire, à ce qu’elle est devenue. Son cégep est autant un campus qu’une place publique. Cette session, sa classe de biologie travaille au réaménagement d’un marais avec la municipalité. L’IA, depuis les encadrements réglementaires de 2030, l’accompagne. Mais c’est sa professeure qui la connaît, la pousse et la soutient. Deux ans après l’abolition de la notification certificative, le réseau affiche des taux de persévérance inédits. C’est une rentrée sans anxiété, loin des constats inquiétants de 2026. »

Scénarios d’avenir

Lors de cette Grande conférence, la nouvelle directrice générale de l’AQPC, Fanny Joussemet, a souligné l’importance de cette démarche prospective. « Ce chantier ambitionne de dépasser les préoccupations quotidiennes afin d’ouvrir de nouveaux espaces de dialogue et d’imagination au sujet de la pédagogie collégiale. » 

Fanny Joussemet, directrice générale, AQPC

Fanny Joussemet, directrice générale, AQPC

À la fin de sa présentation, la conférencière Catherine Mathys a révélé que « 21 scénarios souhaitables ont émergé du chantier entrepris par l’AQPC. Ils seront utilisés pour la rédaction d’un Livre blanc sur le futur de la pédagogie collégiale qui paraîtra cet automne. » a révélé madame Mathys.

Elle en a dévoilé les visions les plus convergentes :

  1. La fin de la note chiffrée, le thème le plus fréquent des 21 futurs ;
  2. L’apprentissage hors les murs, jusqu’à 75 % de cours en milieu de travail ;
  3. Des parcours personnalisés, des compétences accumulées à son rythme ;
  4. Le retour au collectif, réparer le lien social : nature, lenteur, savoir-être ;
  5. L’ouverture planétaire, réussite éducative reliée à une conscience globale ;
  6. La gratuité élargie, accès du plus grand nombre aux études supérieures ;
  7. La technologie comme soutien, l’IA en accompagnement, jamais comme finalité.

Madame Mathys a conclu sur cette citation de Lamartine : « Le réel est étroit, le possible est immense et tout cela nous appartient. »

 





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